SULAWESI - De Makassar à Ampana


 

Mercredi 22 mai 2019

Notre avion pour Sulawesi décolle de Denpasar à 17h20. Le « taxi driver » balinais qui nous conduit à l’aéroport est très bavard et parle bien l’anglais. Il nous raconte un peu sa vie et celle de sa famille. Tous les matins, il se lève à 4h pour vendre ses légumes sur le marché et tenter de gagner 50 000 IDR (3€) pour les repas de ses 2 enfants collégiens. Son 3ème enfant a dû renoncer aux études supérieures dès la deuxième année d’université faute d’argent. Les jours où il n’a pas de clients, il lui faut 150 000 IDR (10€) pour (sur)vivre Aujourd’hui, il prend des cours de chinois pour accompagner les touristes du pays du soleil levant, de plus en plus nombreux sur l’île des Dieux ! Le contraste entre les familles expatriées rencontrées le matin-même à la Green School et cette famille balinaise est choquant.

Pourtant, notre « taxi driver » semble heureux, il rit volontiers et à l’écouter, notre modèle occidental ne l’attire pas !

Libérés de l’étreinte des désirs et ne cherchant pas à se gaver de choses matérielles inutiles, le bonheur apparent de ces balinais est peut-être intimement lié à leur capacité de fusionner les uns les autres avec leur monde, leur environnement, leurs croyances.

Jusqu’au bout, Bali nous aura touchés !

 

Il est 18h55, lorsque nous atterrissons à Makassar (Sulawesi). Au premier abord, le contraste entre les sulawesiens et les balinais, n’est pas sans nous rappeler celui entre les kanaks et les polynésiens. Ici comme en Nouvelle-Calédonie, les visages semblent plus fermés, plus austères…

Cette première impression est vite balayée lorsque notre guide Topic (Taufik Hakim de son vrai nom) nous aborde dans le hall de l’aéroport de son large sourire. Pas difficile de nous repérer, nous étions les seuls étrangers. Après quelques échanges et quelques blagues de Topic dans un français parfait, nous comprenons que nous sommes tombés sur une perle !

Topic a appris la langue de Molière à l’Alliance Française et son métier de guide il y a 15 ans avec l’agence Nouvelles Frontières. Il a une connaissance très fine de son pays qu’il a parcouru dans toutes les directions avec des touristes, des ethnologues, des vulcanologues, des biologistes… Il organise aussi des circuits en Papouasie Occidentale, aux Raja Ampat et aux Moluques !

 

Topic doit nous accompagner pendant 7 jours de Makassar à Ampana en traversant les provinces de Sulawesi du Sud et Sulawesi Central, sur près de 1 000 km selon le programme suivant :

Une nuit à Makassar (à l’arrivée), une nuit sur le Lac Tempe, quatre nuits en Pays Toraja, une nuit près du lac Poso et une nuit à Ampana, avant de prendre le bateau pour les îles Togian.

A partir d’Ampana, nous poursuivrons notre découverte de Sulawesi seuls. Il est tout à fait possible et même facile de parcourir Sulawesi sans guide, mais nous voulions mieux comprendre cette île dont nous ignorions même l’existence avant de préparer notre long voyage !

 

 

A environ 600 km au nord-est de Bali, l'île de Sulawesi déploie ses formes étranges, une sorte de « K »,  sur près de 200 000 km², soit presque la moitié de la superficie française.

Après la Seconde Guerre mondiale, à l'indépendance de l'Indonésie, "Les Célèbes" reçurent le nom de "Sulawesi".

Ce n’est qu’à partir des années 1960 et la fin de luttes intestines que Sulawesi a pu commencer sa reconstruction et envisager son développement. Depuis 2013 et l’amélioration du réseau des transports, le commerce et le tourisme connaissent un bel essor.

Sulawesi est la quatrième plus grande île d’Indonésie (derrière Kalimantan, Sumatra et Papouasie Occidentale) mais elle ne représente que 7 % de la population du pays. Le relief, plutôt accidenté, est principalement recouvert de forêt tropicale. L’île est divisée en 6 provinces et comporte pas moins de 15 ethnies, parlant 13 dialectes.

Les quelques 18 millions d'habitants de l'île montrent une étonnante diversité. Concentrés dans les centres urbains et portuaires des régions du littoral Sud, les Bugis représentent la moitié de la population et pratiquent l'Islam Sunnite. Largement tournés vers la mer, leur flotte est la plus renommée d'Indonésie. Les peuples des montagnes et les Minahasa du Nord sont majoritairement chrétiens protestants, mais à l'image des Toraja qui ont su conserver leur culture si particulière, les anciennes croyances animistes sont encore très présentes.

 

Nous avons prévu d’explorer l’île durant 4 semaines en empruntant une partie de la Trans-Sulawesi Higway, entre Makassar et Manado. La vitesse moyenne y est de 35 km/h lorsqu’il n’y a pas de glissements de terrain ou d’accidents… La route sera longue, nous le savons, nous sommes prêts !

 

Nous avons passé la première nuit à l’hôtel Dalton de Makassar dans un climat de curiosité amicale. Nous sommes les seuls touristes présents et un peu l’attraction de l’hôtel dans cette ville à majorité musulmane qui célèbre cette année du 6 mai au 5 juin, le Ramadan. Les plus téméraires nous demandent d’être pris en photos avec eux.

Au loin, vibre l’appel à la prière, c’est très beau à entendre même à 4h du matin !!

 

Jeudi 23 mai 2019

Topic vient nous chercher à 9h pour démarrer notre road trip. Nous découvrons alors notre mini van, une Mitsubishi de 2014 à l'allure rétro.

 

 

L’objectif de cette journée est d’atteindre le lac Tempe à quelques 190 km de Makassar. En chemin, Topic nous fait découvrir l’habitat des Bugis, l’ethnie majoritaire aux marins réputés naviguant dans tout l’archipel à bord de goélettes en bois, les pinisi, que nous avions découvertes lors de notre croisière à Komodo. Nous sommes accueillis par un couple qui nous faire découvrir sa maison, construite en bois de fer, un bois très résistant que l’on trouve à Sulawesi avec l’ébène, le Santal et le teck. L’insigne au faîtage de la maison rappelant la queue d’un poisson indique qu’ils sont marins. Il existe deux autres motifs en forme d’épis de riz et de cornes de buffles pour désigner les paysans. A la fin de la visite, nous devons refuser le poulet qu’ils souhaitent nous offrir en guise de bienvenue !!!

 

 

Nous enchainons avec une belle balade en barque dans de très beaux paysages de formations karstiques, de rizières et de canaux, du côté du village de Salenrang. Nous ferons aussi une petite marche en forêt pour découvrir une belle grotte, la Gua Kunang-Kunang.

Les paysages nous rappellent ceux de Tam Coc au Vietnam. Ici comme à Tam Coc, les chinois, très présents en Asie du Sud-Est (et partout dans le monde…), exploitent malheureusement les formations karstiques qu’ils dynamitent pour en faire du ciment. Topic nous parle aussi des projets de Monsanto qui essaie de vendre à Sulawesi un riz qui pousserait mieux et plus vite. Lorsqu’on lui évoque ce que pense l’Occident de Monsanto, il s’en étonne… Il semblerait que l’Asie du Sud-Est soit encore un bon débouché pour certaines entreprises internationales qui ne parviennent plus à écouler leurs produits douteux en Occident !

 

 

Après déjeuner, nous ferons une halte dans un marché où là encore l’accueil des locaux est stupéfiant, toujours à l’affut du plus mince prétexte pour nous entreprendre.

Il faut dire que nous n’avons toujours pas croisé de touristes et que nos trois jeunes têtes blondes font fureur…

 

 

Ce n’est qu’en fin de journée que nous atteignons le lac Tempe où deux pirogues nous attendent pour nous conduire sur un village flottant afin d’y passer la nuit. Nous ferons le voyage d’une heure en pirogue, dans l’obscurité et sous un superbe ciel étoilé. Une expérience très impressionnante, à tel point qu’un des jeunes pilotes a renoncé à continuer et s’est fait remplacer.

 

Nous avons passé la nuit chez une famille bugis de 5 personnes qui vit dans une maison bâtie sur un radeau de bambous et qu’elle déplace au gré de ses besoins. Très pratique lorsqu’on ne s’entend pas avec ses voisins… Nous avons dégusté un repas typique des Bugis, servi copieusement et très bon. Bien que timide, la famille s’est assise à nos côtés pour nous poser des questions que nous traduisaient Topic. Grâce à ces échanges, nous avons mesuré combien leur vie est difficile. Si difficile que parfois des familles partent travailler en Papouasie Occidentale, où semble-t-il on peut très bien gagner sa vie. Comme un couple et son enfant, présents à nos côtés, qui en sont malheureusement revenus très malades et qui ont contracté le paludisme.

Les maisons flottantes sont construites sur la terre ferme et tractées par un bateau avant d’être amarrées à des piquets en bambous. Il faut compter environ 15 000 000 IDR (1 000€)  pour une maison. Sur place, le confort est très sommaire. L’eau pour la douche et les usages courants est prise directement dans le lac. Le coin douche-WC est très rudimentaire, 4 planches de bois d’un mètre de haut, un trou dans le plancher… Fous rires garantis !

 

 

Vendredi 24 mai 2019

Après une nuit perturbée par la pluie qui a résonné sur la tôle ondulée de la toiture, par les moustiques qui nous ont dévorés et par les bateaux qui partent pêcher avant l’aube en faisant pétarader leur moteur, les pirogues viennent nous chercher pour nous ramener sur la terre ferme.

Nous avions déjà vu de nombreux villages flottants, notamment près de Siem Reap au Cambodge et dans la baie de Lan Ha au Vietnam, mais c’est la première fois que nous y dormons. Malgré une nuit difficile et des conditions d’hygiène loin de nos standards, nous garderons un excellent souvenir de cette expérience. Nous n’oublierons pas non plus le petit déjeuner aux excellents beignets de bananes en contemplant le lac au moment où les pêcheurs rentrent pour faire sécher leurs prises du matin.

 

Aujourd’hui nous devons nous rendre à Rantepao situé à 200 km du lac Tempe. Non loin du lac, à Sengkang, Topic nous fait visiter des ateliers de tissage de la soie et des ateliers de teinture.

 

 

Sur la route à hauteur de Sidrap, Topic aperçoit soudain une maison avec beaucoup de monde. La voiture s’arrête, Topic nous demande de l’accompagner, nous le suivons sans savoir ce qui nous attend. Les hommes viennent nous serrer la main et nous invitent à rentrer. Les femmes restent en retrait. Les regards des quelques 200 convives se braquent sur nous. On nous demande de nous asseoir et on nous sert du thé accompagné de délicieuses pâtisseries. Topic nous explique alors qu’il s’agit des préparatifs d’un mariage. La famille, les amis, les chefs de villages sont présents. Pour l’occasion, la maison du marié est même agrandie à l’aide d’une structure en bois précaire. Sous nos pieds, nous sentons la structure se balancer.

Après de brèves présentations et une courte phase d’observation, nous sommes embarqués dans un tourbillon de bienveillance et de sollicitations. Nous n’arrêtons pas de serrer des mains, de nous faire prendre en photos. Nous enfilons même les vêtements des mariés. Quel accueil, quelle gentillesse. L’hospitalité de Sulawesi est incroyable et dépasse largement ce que nous avions connu jusqu’ici. Nous sommes même invités à rester jusqu’au lundi pour assister au mariage. Nous devons décliner l’invitation. Les deux heures passées en compagnie de ces familles resteront un temps fort de notre voyage autour du monde.

 

 

Après toutes ces émotions, des étoiles pleins les yeux et des crampes aux zygomatiques, nous reprenons la route sans nous arrêter jusqu’à Rantepao où nous devons passer 4 nuits à la découverte de l’intriguant Pays Toraja. Les paysages traversés sont splendides.

 

 

Au Pays Toraja, nous avons prévu 2 nuits à l’hôtel Missiliana de Rantepao, une nuit chez l’habitant à Batutumonga et à nouveau une nuit à l’hôtel Missiliana. A l’arrivée, nous passerons la fin d’après-midi et la soirée à l’hôtel pour nous reposer. L’hôtel est très plaisant avec un beau jardin, des chambres spacieuses et deux grandes piscines.

 

 

Les Toraja sont un groupe ethnique indonésien qui habite principalement les régions montagneuses du nord de la province de Sulawesi du Sud. Leur population s'élève à 650 000 personnes, dont 450 000 vivent toujours dans le Kabupaten de Tana Toraja (« le pays du peuple des montagnes »). La plus grande partie de la population est chrétienne, le reste étant musulmane ou adepte de la religion traditionnelle qualifiée d’animisme et appelée aluk (« la voie »). Le gouvernement indonésien a reconnu ces croyances animistes sous le nom de Aluk To Dolo, « la voie des Anciens ».

Les Toraja sont renommés pour leurs rites funéraires élaborés, leurs sites funéraires taillés dans les falaises rocheuses, leurs maisons traditionnelles massives aux toits en pointe connues sous le nom de Tongkonan, et leurs sculptures sur bois colorés.

 

Les Toraja sont restés longtemps à l’écart des grands courants d’échanges maritimes et commerciaux. Ils n’entrèrent en contact avec les Néerlandais (qui colonisèrent l’Indonésie dès le 17ème siècle) que vers la fin du 19ème siècle.

Les Néerlandais, préoccupés par le développement de l’Islam au Sud de Sulawesi, virent dans les Toraja des chrétiens potentiels et envoyèrent dans la région des missionnaires convertir les populations. A l’époque de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des cérémonies toraja avaient disparu, à l’exception des funérailles…

Malgré tout, la présence des missionnaires néerlandais dans les hautes-terres a permis aux populations locales de prendre conscience d'une identité ethnique toraja par différentiation avec leurs voisins bugis. Aujourd’hui, le développement du tourisme a accentué cette prise de conscience et l’identité culturelle des Toraja est toujours très forte, avec un mélange de rites ancestraux et de croyances chrétiennes.

 

Samedi 25 mai 2019

Ce matin, nous découvrons le Pasar Bolu, le marché principal de Rantepao qui a lieu tous les 6 jours. Comme beaucoup de marchés en Asie du Sud-Est, le Pasar Bolu est socialement très important et attire des habitants de toute la région.

Le marché aux bestiaux est impressionnant, notamment la partie réservée aux buffles. D’une importance cruciale dans diverses cérémonies religieuses, les buffles sont un signe extérieur de richesse et de pouvoir. Les buffles albinos, les plus recherchés, peuvent se vendre à plus de 20 000€. On les appelle ici les « buffles Mercedes » !

 

 

En parcourant la région, nous apercevons soudain des travaux autour d’une maison traditionnelle toraja. Topic nous explique que ce sont les préparatifs pour une cérémonie funéraire qui doit se tenir dans quelques jours. D’énormes structures provisoires sont en cours d’installation, signe de richesse de la famille du défunt qui est ici plus à envier qu’à plaindre…

Topic nous explique qu’au Pays Toraja, les rites funéraires sont d'importants évènements sociaux, qui durent plusieurs jours et auxquels assistent en général des centaines voire des milliers de personnes.

A sa mort, le défunt ne pourra accéder au Paradis qu’une fois la cérémonie funéraire ayant eu lieu.

Et il peut se passer parfois 2, 3 ans ou beaucoup plus avant celle-ci, le temps que la famille mette de l’argent de côté pour les funérailles ! Il arrive même que la famille s’endette sur plusieurs générations. Entre temps, le défunt, considéré comme « malade » (to masaki), est exposé dans la maison familiale. Il est régulièrement imbibé de formol pour être conservé. Les repas et même des cigarettes lui sont servis tous les jours…

Nous avons été invités par la famille à rendre visite aux défunts, un couple de personnes âgées. Avant d’arriver à Sulawesi, nous avions expliqué aux enfants les pratiques funéraires au Pays Toraja et bien qu’impressionnés, la visite ne les a pas bouleversés…

 

 

Avant de retourner à l’hôtel, nous visitons les sépultures de bébés de Kembira. Traditionnellement, les Toraja déposent le corps de leur bébé décédé dans les arbres (un bébé pour les Toraja est un enfant qui n’a pas encore ses dents). Le corps est déposé verticalement et devrait selon la croyance continuer de grandir grâce à l’arbre qui le nourrit de sa sève.

 

 

Dimanche 26 mai 2019

Nous démarrons la journée avec le célèbre site funéraire de Lemo.

Accrochées aux flancs d’une paroi rocheuse, on peut y voir les demeures mortuaires des anciens Toraja, des tombes creusées dans des falaises, avec des balcons où sont posées des poupées en bois à l'effigie des défunts, les tau-tau.

Chaque caveau, fermé par un système de verrouillage secret, abrite les membres d'une même famille. Les corps sont enveloppés dans des linceuls ornés d'or. Les tau-tau sont placées dans des niches à côté des tombeaux. Sculptées à l'image des défunts, elles honorent leur souvenir. Ainsi les vivants peuvent contempler les morts et inversement. Les tau-tau en bois de jacquier sont sculptées par des spécialistes qui ont, aussi, une fonction religieuse : ils intercèdent auprès des dieux. La position des mains est rituelle, une main, paume tendue vers le ciel, reçoit les bienfaits que l'autre rend. Seuls les nobles, to parange' (c'est-à-dire les garants de la tradition) ont droit à leur effigie.

 

 

Non loin de Lemo, se trouve le site de Londa, une vaste grotte funéraire, au pied d’une grande falaise. Un superbe balcon de tau-tau et des tombeaux suspendus en gardent l’entrée. A l’intérieur de la grotte, on découvre de nombreux cercueils et ossements. A la sortie, haut perché sur la paroi rocheuse, on peut apercevoir un cercueil dont le commanditaire a voulu raccourcir le trajet vers le paradis.

 

 

En direction de Batutumonga, nous nous arrêtons au village de Palawa pour y admirer ses maisons traditionnelles toraja, les tongkonan, et leurs greniers à riz.

Construites sur pilotis et orientées au nord, domaine des dieux, les tongkonan sont chapeautées d'un long toit élancé, pointé vers le ciel à chaque extrémité, une forme qui rappelle les cornes de buffle pour les uns ou la coque d’un bateau pour les autres. Chaque façade est ornée de panneaux de bois sculptés et décorés de motifs dans des tons jaunes, rouges, blancs ou noirs.

Souvent, les familles voulant montrer leur prospérité, exhibent de nombreuses paires de cornes de buffles. Les cornes de buffles fixées sur le pilier devant le tongkonan commémorent un défunt honoré comme il se doit par la communauté et surtout la famille.

Chaque Tongkonan s'accompagne d'un ou plusieurs greniers à riz composés sur le même modèle. Là encore, plus il y a de greniers à riz et plus la famille est riche.

Malgré des dimensions extérieures impressionnantes, les espaces intérieurs des tongkonan sont relativement petits, sombres et peu confortables.

 

 

La décoration des façades des maisons appartenant aux familles nobles est particulièrement travaillée et révèle une forte valeur symbolique : chaque motif et chaque couleur a un sens particulier.

 

 

Nous finirons la journée par une randonnée autour du village de Batutumonga, au milieu de somptueux paysages de rizières, parsemés de roches volcaniques noires et ponctués de villages authentiques et bien conservés. Nous sommes conquis par les lieux.

 

 

Nous terminerons la randonnée au niveau du très beau site funéraire de Burial Site Lembang Tonga Riu au village de Bangkele Kila, près duquel vit la famille qui doit nous héberger pour la nuit dans sa maison traditionnelle toraja.

 

 

Nous avons passé une belle soirée de partage avec cette famille et leurs 3 enfants, âgés de 5, 7 et 8 ans. Si le mari était très discret, sa femme s’est montrée très curieuse et affective. Un superbe souvenir malgré une nuit désastreuse perturbée par une pluie diluvienne et des cochons très bruyants.

 

 

Lundi 27 mai 2019

Après de touchants adieux à la famille et malgré un crachin persistant, nous poursuivons tôt dans la matinée notre randonnée qui doit nous conduire jusqu’au village de Tikala. Nous traversons des rizières avec de l’eau jusqu’aux genoux. Glissades, chutes et fous rires ponctuent chacun de nos pas. La brume donne au paysage des allures d’estampes japonaises. Parfois, une éclaircie fait apparaître des rizières aux couleurs émeraude. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’ici les paysages de rizières sont au moins aussi beaux que ceux parcourus au Vietnam !!

Il nous faudra néanmoins écourter notre randonnée, car le mauvais temps nous ralentit et nous devons être présents avant midi à une cérémonie funéraire. La région semble tenir le brouillard et la pluie en plus grande estime que le ciel bleu…

 

Les environs de Batutumonga nichée sur un versant du volcan Gunung Sesean et offrant une vue panoramique sur Rantepao, sont tellement beaux que nous pensons qu’il est préférable d’y passer au moins deux nuits. Pour info, beaucoup de sites intéressants à proximité de Rantepao (Londa, Lemo, Ke’te Kesu…) se visitent facilement dans la journée. Une nuit à Rantepao pourrait être suffisante.

 

 

Nous finirons notre découverte du pays Toraja par une cérémonie funéraire. Nous avons de la chance, car d’ordinaire, elles ont lieu durant les mois les plus secs, en juillet et août. Sous une pluie continue qui a transformé les lieux en terrains boueux, des centaines de convives sont entassés dans des pavillons provisoires. Nous sommes invités à rencontrer les enfants du défunt, dont certains ont fait le voyage depuis Florès ou Papouasie Occidentale. Nous avons même l’honneur de rendre visite au trépassé, décédé depuis un an. Notre présence, nos regards ahuris ou nos photos ne sont pas gênants, bien au contraire, ils honorent le défunt et rendent fière la famille…

A l’extérieur, les hurlements des cochons qu’on égorge nous font frissonner. Aussitôt égorgés, les cochons sont découpés et vidés sur place. Les morceaux sont distribués aux invités.

 

Au Pays Toraja, une cérémonie funéraire réussie est en premier lieu un événement extra-ordinaire dont on se souviendra longtemps. Et les sacrifices des porcs et plus encore des buffles occupent une place privilégiée. Pour les Toraja, le sacrifice consiste d'abord à faire communiquer les dieux et les hommes (en facilitant notamment l'accès à Puyaou « paradis toraja » de l'âme du défunt). Les Toraja croient que les buffles accompagnent le défunt au pays des morts. Pour l'aider à tenir son rang dans l'au-delà, on en immole le plus grand nombre. C'est là un signe de prestige qui révèle la classe sociale du défunt et de sa famille. La moyenne est de 15 buffles sacrifiés, mais suivant le rang social de la famille, il est possible de sacrifier plus de 100 buffles, dont le prix le moins élevé tourne autour de 2 000€ par tête !

Dans la cérémonie à laquelle nous assistons, les buffles seront sacrifiés le lendemain mais nous ne regrettons pas de ne pouvoir y assister, nous sommes déjà très impressionnés par les sacrifices des cochons. En revanche, les enfants auraient aimé assister au combat de buffles qui précède leurs sacrifices.

 

En pays Toraja, les funérailles sont les plus fastueuses d’Indonésie.

En pratique, les vivants honorent leurs défunts, mais œuvrent également tout au long de leur vie à préparer leurs funérailles. En effet les Toraja pensent qu'ils sont envoyés sur terre pour expier une faute et qu'ils ne retourneront au paradis qu'à leur mort. Ici la mort fait partie intégrante de la vie.

 

 

Ainsi s’achève notre périple en Pays Toraja, où le prestige du statut social et la voie des ancêtres dominent encore de nos jours la société et façonnent les paysages et l’architecture. Des moments forts et des souvenirs inoubliables à rapporter d’un voyage en Indonésie.

 

En quittant Rantepao et le Pays Toraja, nous avons poursuivi notre route vers le Nord et Ampana, d’où partent des bateaux pour les îles Togian. Nous avons roulé deux jours durant sur des routes étroites, escarpées, sinueuses, aux bas-côtés défoncés par des glissements de terrain, en évitant les chiens et les poules mais aussi les motos, les camions et les voitures qui dépassent sans visibilité dans les virages. A plusieurs reprises, il a fallu demander à Topic de faire ralentir son chauffeur à la conduite très, trop sportive. Notre voiture n’avait même pas de ceintures de sécurité… Beaucoup de stress, beaucoup de routes, de beaux paysages mais peu de sites visités… à l’exception d’un arrêt pour voir un chasseur de pythons qui vend ses peaux pour moins de 10€… On ne donne pas cher de la peau des pythons !

 

Pour éviter cette longue route depuis le Pays Toraja vers les îles Togian, il est possible entre autre de prendre un bus de Rantepao à Makassar avant de s’envoler pour Gorontalo et d’y prendre un ferry pour les îles Togian.

 

 

A mi-chemin entre Rantepao et Ampana, nous avons passé une nuit sur le lac Poso au Siuri Cottages après 11h de voiture. Sur place, les enfants qui ont fait preuve de beaucoup de patience ont enchainé les parties de billard avec le personnel. Comme souvent à Sulawesi, nous étions les seuls touristes. Les enfants se sont couchés après minuit, nous étions au lit avant 10h… !

 

Le lendemain en fin d’après-midi, nous atteignons enfin Ampana où nous logeons dans un superbe Homestay, le Triple R Homestay & Café, que l’on recommande vivement. Dadang, le propriétaire artiste et sa famille sont adorables, les lieux exquis et les bungalows, dont un familial, très propres et joliment décorés. Les repas servis sur place sont délicieux. Si vous lisez ces lignes et que vous envisagez de dormir à Ampana, ne ratez pas Dadang… ! Son homestay se trouve près du Marina Cottages, à deux pas du port d’où partent les bateaux pour les îles Togian. Dadang peut aussi aider les voyageurs à trouver un hébergement sur les îles Togian, car il gère les réservations des nombreux Homestay qui n’ont pas internet sur place!

 

A Ampana, il nous faut dire au revoir à notre ami Topic, un personnage exceptionnel qui nous a appris beaucoup de choses sur son pays. Son rêve, à court terme, est de louer des bungalows au bord de la mer du côté des îles Wakatobi en Sulawesi du Sud-Est. A 47 ans, il sait qu’il ne pourra pas sillonner indéfiniment son pays et il lui faut préparer sa retraite. Nous croisons les doigts !

Nous avons envisagé de nous revoir en octobre ou novembre 2020 pour un circuit de 15 jours en Papouasie Occidentale et aux Raja Ampat. Un rêve de Manuel depuis une émission d'Ushuahia au pays des korowai, à condition que les tensions entre la Papouasie Occidentale qui est rattachée à l'Indonésie et la Papouasie Nouvelle-Guinée ne s'aggravent pas...

 


La suite de notre voyage en Indonésie, à Sulawesi, aux îles Togian, c’est ICI


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