HIENGHENE


"Nous voulons retourner vers le passé pour y puiser la force et les références capables de soutenir notre parole dans le présent et pour l'avenir.

Nos ancêtres ne sont pas les Gaulois, ni des héritiers directs de Mozart,

et pour participer à l'Histoire, il nous faut être d'abord des hommes enracinés dans notre originalité fondamentale."

Jean-Marie Tjibaou

 

 

Hienghène est le bastion de la culture Kanak, le fief de Jean-Marie Tjibaou, né en 1936 dans la tribu de Tiendanite, près de Hienghène et où sa famille vit encore. Le référendum du 4 novembre prochain est dans tous les esprits...

 

 

Hienghène est un lieu d'une immense beauté, évoquant plus la Mélanésie que la Polynésie. Un spectaculaire piton, la poule Couveuse, s'élève au-dessus de la mer pour marquer l'entrée d'une baie abritée dans laquelle se déversent deux rivières. Une haute chaîne de montagnes, des vallées profondes et une végétation dense forment la toile de fond de la baie, tandis qu'une étroite route goudronnée longe la côte reliant quelques villages isolées. De là, de rares pistes partent pour accéder aux tribus qui sont nichées dans les collines.

Un vrai sentiment de bout du monde, aucun signe extérieur de richesse matérielle, peu d'infrastructures sophistiquées, une beauté intacte...

Et que dire des Kanak qui saluent toutes les personnes qu'ils croisent, qu'ils soient à pieds ou en véhicule. Un vrai bonheur!

 

 

Toute cette beauté, toute cette gentillesse ne doivent pas nous faire oublier qu'ici comme ailleurs sur la Grande Terre, l'expérience coloniale s'est caractérisée par la répression, la perte des cultures vivrières, la destruction et le déplacement de communautés entières, l'introduction de nouvelles maladies mortelles, de l'alcool, la désespérance individuelle et collective. En tant qu'occidentaux, nous trimballons cet héritage avec nous, on ne peut malheureusement y échapper... Ici plus qu'ailleurs, le passé s’immisce dans le présent.

Aujourd'hui, pour se projeter vers l'avenir et assurer son développement, Hienghène s'est tournée vers l'écotourisme et propose une foule d'activités, plongée, snorkeling, kayaks, randonnées, accueil dans les tribus.

Nous étions logés au Ka Waboana, une structure hôtelière créée en 1998 par Marie-Claude, l'épouse de Jean-Marie Tjibaou et encore gérée par la famille. Nous y sommes restés 3 nuits.

Il s'agit d'un ensemble de bungalows sur pilotis, construits sur une butte face à la (petite) marina et à l'Office du Tourisme. Nous occupions un bungalow familial conçu pour 5 personnes avec sa terrasse couverte. Sur place, on trouve un bon restaurant où nous avons pris tous nos repas.

A peine arrivés, nous filons à l'Office du Tourisme pour voir s'il est possible de se rendre à la tribu Tiendanite. La personne à l'accueil doit les contacter et nous donnera une réponse par mail le lendemain. Nous croisons les doigts!

Entre-temps nous prenons rendez-vous le lendemain matin avec Babou Plongée pour une sortie guidée en palmes, masques et tubas sur un îlot au large de Hienghène, réputé pour la beauté de ses fonds sous-marins.

Jusque-là tout baigne... Nous avons organisé nos sorties pour les prochains jours, l'hébergement est super confortable et les environs sont magnifiques!

 

 

Le lendemain, mardi 16 octobre 2018, nous filons vers Babou Plongée où nous avons rendez-vous à 7h45. Pas de chance, le temps est pluvieux, le vent souffle fort et la houle est trop importante pour faire la sortie snorkeling, qui est annulée. Déçus, nous partons découvrir en voiture les environs au nord de Hienghène.

Premier arrêt, la traversée de la rivière Ouaïème sur un bac à moteur qui fonctionne 24h/24 et qui est le dernier en activité en Nouvelle-Calédonie.

 

 

Nous continuons notre route vers le nord jusqu'aux cascades de Tao et de Colnett, très impressionnantes. Pour les atteindre, nous traversons des villages isolés, aux pieds de falaises abruptes et entourés d'une végétation luxuriante. Partout, nous  croisons des étals d'artisanat ou de fruits et légumes, au bord de la route. Les prix sont indiqués sur les marchandises et il suffit de glisser la somme dans un pot. Quel dépaysement!

 

 

Nous passerons ensuite l'après-midi à l'hôtel sous un déluge de pluie. Nous sommes inquiets, car si nous avons reçu par mail un accord pour nous rendre à la tribu de Tiendanite, l'Office du Tourisme nous a indiqué aussi qu'il faudra annuler la visite s'il pleut trop. La soirée a été marquée par un orage qui faisait trembler le bungalow. Au petit matin, toujours de la pluie jusqu'à 8h. Nous étions tristement résignés à ne pas nous rendre à la tribu.

 

Sans grand espoir, nous nous rendons à l'Office de Tourisme qui nous annonce que la visite est maintenue et que la route pour y accéder est praticable. Nous sommes attendus à la tribu à 9h, il est 8h30 et Maps.Me annonce 1h10 pour parcourir 20 km...  En moins de 20 minutes, nous réveillons les enfants et prenons le petit déjeuner avant de prendre la route, excités comme des enfants mais avec un peu d'appréhension.

 

 

La route qui mène à la tribu s'enfonce dans la vallée en longeant une rivière. Les paysages sont à couper le souffle et ravissent nos yeux ébahis.

 

 

En moins de 30 minutes, nous atteignons la tribu de Tiendanite, surpris car la route est finalement en excellent état et goudronnée en grande partie.

Nous sommes accueillis par Stéphanie et Joseph.

Stéphanie a été désignée par la tribu pour assurer l'accueil des visiteurs qu'elle peut aussi héberger. Joseph sera notre guide.

Rapidement Joseph nous présente à Félix Tjibaou, un frère de Jean-Marie, le moment pour Manuel de "faire la coutume".

 

La Coutume est un élément fondamental de la culture Kanak, c'est une manière de vivre, un code de relations sociales.

Le geste coutumier est une marque d'attention et de respect. Il rappelle qu'on n'entre pas dans une maison sans se présenter. Pour nous, c'est aussi une marque de reconnaissance et de respect de la culture Kanak.

Le geste coutumier consiste à nous présenter, à expliquer les raisons de notre visite, nos motivations, en tenant à bout de bras un "manou" (coupon d'étoffe colorée) et un billet coincé dans les plis du manou.

A la fin du discours, Félix Tjibaou touche le manou, le saisit et prononce des paroles qui nous indiquent que nous sommes les bienvenus et que nous sommes sous leur protection. Il nous parle ensuite longuement de Jean-Marie, de la culture Kanak, des Caldoches, de l'avenir de son peuple. Nous sommes touchés et intimidés à la fois. Quelque chose de brisé ombre son regard qui en dit long sur les souffrances endurées. A deux reprises, Emile détend l'atmosphère en rendant un hommage émouvant au peuple Kanak, qui redonne le sourire à notre hôte.

Ces rencontres nous rappellent les raisons de notre voyage, elles lui donnent du sens.

 

 

Nous quittons ensuite Félix Tjibaou en compagnie de Joseph qui nous fait visiter sa tribu et notamment la tombe de Jean-Marie Tjibaou et l'alignement des tombes des victimes de l'attentat perpétré par des Caldoches le 5 décembre 1984 à Hienghène qui a couté la vie à dix Kanak, dont deux  frères de Félix et Jean-Marie.

Pour se détendre, à l'abri d'un préau qui sert aux activités de la tribu, nous entamons une longue discussion avec Joseph et à laquelle les enfants participent activement pour en savoir un peu plus sur la vie d'un jeune de 21 ans vivant dans une tribu de Nouvelle-Calédonie.

 

 

Jusqu'à ce que Stéphanie nous appelle pour déjeuner et gouter au fameux et délicieux Bougna.

 

 

Nous avons une grande admiration pour ces Kanaks qui cherchent à conserver leurs traditions, sans pour autant être relégués dans le rôle de parent pauvre d'une société aveuglée par les mirages du modernisme.

Par son respect des traditions et des valeurs qui lui ont été transmises par les anciens, mais aussi par son attitude jeune et branchée, Joseph nous a beaucoup émus et touchés.

 

MERCI JOSEPH


La suite de notre voyage en Nouvelle-Calédonie, à Poingam, c'est ICI


Commentaires: 2
  • #2

    La tribu des Beuvain (samedi, 03 novembre 2018 22:41)

    Aujourd'hui 3 novembre, la veille du référendum, nous découvrons la coutume et la culture kanak ! Nous attendons le 4 pour la suite de vos aventures dans le feu de l'actualité. Bises

  • #1

    Taubregeas (mardi, 23 octobre 2018 17:56)

    En métropole la consommation de bougna(t) est passible de prison!!